Sophie Solo : pas de bouche ! 

Par Maryelle Budry/Tribune de Genève, septembre 2017

 

Sophie Solo, c’est notre chanteuse de Carouge, qui interprète avec malice et virtuosité la quintessence des chansons françaises, elle est. aussi notre poétesse-compositrice-interprète très douée, mais trop peu connue, malgré « ses tournées mondiales genevoises »… Trop timide ? trop modeste ? … elle nous en donne l’explication, maintenant.

Cette fois, elle se lance dans la publication d’un disque. Plus qu’un CD avec 7 titres : un carnet avec des textes, des photos de ses modelages, des dessins de souffrance et des dessins de renaissance, des partitions finement calligraphiées. Un objet unique, inclassable, comme Sophie Solo.

Solo, mais accompagnée de bons ami-e-s : le guitariste Stéphane Augsburger et le contrebassiste Christian Fischer, la graphiste Nicole Conus, la chercheuse universitaire Laurence Türkal, préfacière du carnet qui nous souhaite : « Bienvenue dans le monde de Sophie : un tout à prendre ou à laisser ». Surtout à ne pas laisser ! C’est un monde unique, très personnel, composé de sa honte d’enfant abusée, qui durant très longtemps n’a pas osé laisser s’exprimer sa honte : « pas de bouche » pour dire l’horreur, mais des encres et des modelages torturés exprimant inconsciemment l’indicible… Et peu à peu c’est sorti : sous une forme poétique, fine, tendre. Les drames s’envolent, laissant la place à la création, à l’assurance d’une artiste qui s’affirme, qui ne se cache plus derrière Brassens ou Barbara…

Sophie Solo me résume sa démarche en deux images : une de ses encres sombres et la Castafiore clamant « Je ris de me voir si belle en ce miroir ! ». Dans son atelier garni d’instruments à vent, situé dans le quartier mi-campagnard-mi industriel du Faubourg-de-Cruseilles, Sophie compose, prépare ses spectacles et donne des cours de chant. Sophie a déjà « verni » son disque

à la bibliothèque des Eaux-Vives, mais maintenant qu’elle s’assume en Castafiore, elle refait la fête, pour ce disque et pour les succès futurs le jeudi 29 juin à 18h.30 à la Guinguette au bord de l’Arve.

Bienvenue dans le monde de Sophie !

Maryelle Budry   Tribune de Genève septembre 2017

Le Cabaret d'avant-guerre

Tribune de Genève, novembre 1997

par Alain Penel

« …Sophie Solo porte à la ville le nom d’un célèbre avant-centre gallois, Ian Rush. En tout cas, celle comédienne-chanteuse se détache dans la pléthorique troupe du Cabaret d’avant-guerre. Elle chante comme si elle marquait un but, avec ses tripes, son émotivité et un abattage digne des meilleures meneuses de revue. En quelque sorte, elle sauve l’honneur d’Après…»

 

 

 

A corps et à cru

Marie-Pierre Genecand

Le Courrier mars 1999

théâtre du Grütli, Genève

« …Sophie Rusch déjà remarquable et remarquée dans le Cabaret d’avant Guerre programmé au Théâtre du Loup en décembre, apporte ici toute sa verdeur et son humour grinçant …»

Pour une absente

Journal de Dialogai décembre 2001

« …L’esprit du spectacle en est proche, porté par une Sophie Rusch qui passe du dire au chanter avec une parfaite aisance. Par sa présence, toute simple et lumineuse, la jeune femme contribue à éviter au spectacle de tomber dans le mémorial Barbara.  Avec quelque choses de Miou-Miou ( ??) dans le visage, une manière de chanter sonore et sans fard, elle s’approprie jusqu’à Marienbad… Sophie Rusch révèle sur le plateau de l’Arsenic un très beau potentiel dramatique.

(Tribune de Genève, décembre 2001)

Pour une absente de Manon Pulver, texte écrit autour des chansons de Barbara, Théâtre de l’Arsenic, Lausanne et théâtre de la Parfumerie, Genève

 

« …L’émotion du spectacle prend racine dans le talent vocal de Sophie Rusch… »

Le Salon musical a connu une soirée au titre mystérieux : « La honte et la voix ». Cette conférence était donnée par Sophie Solo, chanteuse et comédienne bien connue à Genève, devant un public d’une centaine de personnes.

Sophie a abordé un sujet difficile entre tous, celui d’un traumatisme psychique et physique subi dans son enfance, ainsi que les dégâts que cela a pu provoquer chez elle dans son développement et dans l’image qu’elle a forgé d’elle-même par la suite à partir de cet événement fondateur/destructeur. Elle a expliqué avec pudeur mais aussi avec précision les stratégies d’auto-défense inconscientes qui se mettent en place face à de tels chocs. Stratégies qui passent par une responsabilisation de l’événement ; comme si le choc n’était pas subi, mais voulu et organisé par celui-là même qui le subit. D’où les sentiments de honte et de culpabilité qui en découlent.

L’autre versant de la présentation abordait la rédemption. Car après un traumatisme, il faut bien mourir… ou revivre. Pour Sophie Solo, la rédemption est venue de son travail sur la voix. Et c’est par ce travail en profondeur qu’elle a réussi à passer progressivement d’un autoportrait torturé à une image d’elle-même en Castafiore triomphante tel un objectif de vie.

Papier publié dans le blog des Bibliothèques municipales le 14 mai 2014 par Paul Kristof

Mais le plus souvent, Sophie qui a fait ses armes dans le Cabaret d'avant-guerre fondé par Loulou, se réserve les airs de la diva. On l'aime dans «Le soleil noir », vaste programme expérimental, ou «Dans le joli temps», valse amoureuse. On l'adore dans «Y aura du monde», farce sur son enterrement, ou dans «A peine», ode à l'autre, l'amant, dans tous ses emballements. 
Quels textes! Il faut aller les réécouter. Dans cet écrin musical raffiné et cette interprétation personnelle, ils explosent de sens et de résonances. 

Marie-Pierre Genecand  sortir.ch VII 2012

 

Alors Chante

Par Serge Beyer/Festival de Montauban mais 2010

Guitare batterie, un duo tendre, drôle, subversif, rebelle. L’une chante, l’autre aussi ; avec un petit côté Marie-Paule Belle. Elles égrainent « la parfaite ménagère », «l’inventaire de la poubelle, ce grand dépotoir humain » ; elles évoquent « les difficultés à faire du vélo » ; imaginent « Quand on sera vieilles » ; ironisent sur leur Suisse natale (« On n’ira pas chez les voisins, voir si peut-être y manquent pas d’pain, des fois qu’faudrait leur en donner, ben nous on serait bien emmerdés. » ; mais les deux points d’orgue de leur spectacle sont « Je conduis seule mon camion…Je suis une goudou comme il  disent… », leur superbe réadaptation et réappropriation du mythique texte d’Aznavour et le titre «Papa touche et  Maman coud», un sublime texte cru et violent sur l’inceste, dérangeant à souhait pour secouer les consciences.

Serge Beyer Festival de Montauban, Alors Chante mai 2010